Croître, croire, obéir...
Croître, croire, obéir...
La logique de croissance à l’échelle macro-économique, engendre un système de croyances, lui permettant d’imposer des conduites sociales adéquates à ses finalités. Face à cela, quelles sont le ressources de la désobéissance civile, et dans quels cas doit-elle s’exercer ? Quatre exemples de fronts de lutte actuels, ou à venir…
Les grands défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui : réchauffement climatique, épuisement des ressources énergétiques, destruction de la biodiversité, inégalités Nord-Sud, misère et exclusion au Nord, consumérisme insensé, privatisation du vivant et des biens communs, risques technologiques, etc…, peuvent tous être reliés plus ou moins directement aux conséquences de la logique de la croissance.
La croissance, si elle est une logique macro-économique qui ordonne l’ensemble des échanges humains dans nos sociétés, est tout autant un paradigme, une foi qui oriente ceux-ci et leur assigne un but. Elle repose sur un système de croyances (dans la consommation comme moyen de l’accomplissement humain, dans la valeur en soi du travail, dans le caractère salvateur de la technique) qui lui donne toute sa force en tant que logique économique.
Mais à son tour, ce système de croyances vient reposer lui aussi sur des mécanismes très concrets qui lui donnent toute son emprise mentale, psychologique, sociale : un ensemble de conduites quotidiennes inconscientes.
A travers les quatre exemples des OGM, de la publicité, de la carte biométrique, et du travail, on verra concrètement comment se déploie cette articulation croissance-croyance-obéissance, et en quoi la désobéissance civile peut être un moyen privilégié, parmi d’autres, de venir briser cette logique en nous amenant à "décroire" dans les valeurs qui la fondent, et ainsi à décroître.
Les OGM
A l’origine de l’irruption des OGM dans les champs du monde entier, et dans un nombre important de produits alimentaires,
il y a tout simplement une volonté de croissance économique durable, de la part de firmes agrosemencières, qui ont breveté les OGM et tirent un profit financier direct de leur commercialisation. C’est là, on peut le dire, le motif premier qui a induit la diffusion de cette trouvaille technique dans le circuit agricole ou expérimental.
Or cette volonté de croissance de ces firmes, n’apparaît pas suffisante pour légitimer les risques potentiels encourus par une telle technique. C’est pourquoi elle
s’entoure d’un discours idéologique qui vient la masquer, et en justifier l’usage : les OGM nous sont alors présentés comme un instrument inespéré pour résoudre le problème de la faim dans le monde, grâce à leur résistance.
Nul besoin donc d’aller chercher du côté du politique, du partage des richesses, pour combattre la pauvreté : les OGM nous apportent une solution technique qui permet de ne rien remettre en cause de nos rapports de domination actuels et de notre niveau de vie.
La foi dans les OGM rentre dans le complexe plus large de la croyance dans la technique salvatrice.
En plus d’en finir avec les famines qui touchent les pays pauvres, les OGM sont présentés comme porteurs de potentialités inespérées au niveau médical, pour résoudre des maladies incurables jusqu’ici.
Rien n’est par contre dit sur les risques non pas potentiels mais immédiats qu’ils font encourir à la biodiversité et à notre santé.
L’objectif initial de croissance, se double donc ici d’
un ensemble organisé de croyances qui viennent la fonder et lui donner sa légitimité.
Ces croyances, à leur tour, se basent sur une intense propagande ( revêtue d’une autorité scientifique ), ainsi que sur la politique du fait accompli : les OGM sont déjà présents quotidiennement dans notre nourriture, et sont cultivés en plein champs, il est trop tard pour s’y opposer, il ne reste plus qu’à s’y résoudre. « Vous ne pouvez rien y changer, vous êtes totalement impuissants face à ce développement « naturel » des OGM,
il ne vous reste plus qu’à y croire, pour justifier votre acceptation, pour vous persuader que cela répond à votre volonté démocratique souveraine ».
Une première porte d’entrée pour contester la légitimité des OGM, est d’interroger directement cette logique mécanique de croissance économique, qui gouverne ces firmes, l’ensemble de l’économie, et jusqu’à la quasi-totalité des décisions politiques. Et de mettre en avant l’absence de sens et la dangerosité d’une société qui ne raisonne qu’en termes de relance d’un processus mécanique, et qui subordonne tout à l’économie.
Il est également
possible de partir de la dénonciation de l’ensemble des mensonges et des mythes qui constituent l’appui idéologique nécessaire à cette imposition des OGM, et donc faire un travail de sensibilisation sur leurs risques, sur les vraies motivations de ces essais, sur le mythe scientiste et le messianisme technologique qui en constituent le socle, …
On peut aussi, comme le font les membres du Collectif des faucheurs volontaires,
briser la soumission général qui entoure leur mise en oeuvre, et passer à l’action en désobéissant à cet état de fait imposé, en venant faucher les plants d’OGM.
La désobéissance civile vient briser la torpeur, le consensus mou, la soumission généralisée qui entourent ces essais, et qui s’enracinent dans un sentiment d’impuissance. Elle permet par là même de r
elancer le débat sur les risques potentiels liés à ces technologies, sur la part réelle d’utilité sociale et celle de profit pour les entreprises qui les promeuvent. Finalement elle amène par là à réinterroger un processus global où c’est l’économie qui guide les décisions au détriment de l’intérêt collectif, où
c’est la croissance de firmes privées qui constitue le seul impératif s’imposant à l’ensemble des autres considérations d’ordre sanitaires, sociales, écologiques, politiques, éthiques.
La désobéissance civile permet ainsi d’ouvrir une brèche qui, du comportement d’acceptation généralisée, remonte au système de croyances et finalement à la logique de croissance qui ont permis ensemble l’implantation des OGM.
La publicité
Le motif principal de la pub, que nul ne remet en cause, c’est la recherche de croissance économique de la part du secteur privé, qui cherche à augmenter ses ventes en augmentant la consommation des produits ou services qu’il propose, pour en générer des profits. Les acteurs politiques, eux aussi, sont intéressés dans cette logique publicitaire, de par leur incessante recherche de relance de l’emploi, relance qui conditionne leur succès à court terme et donc leur carrière. Dans une perspective globale de croissance, la publicité est donc doublement utile puisqu’elle est facteur de vente pour les
acteurs privés, et facteur d’emploi pour les acteurs publics. A la jonction entre les deux, elle est facteur de consommation, puisqu’elle constitue par essence un mécanisme de relance du désir de consommer.
Là encore,
ce mécanisme de croissance repose sur un système de croyance : le but de la pub est de « faire croire ». Elle a pour mission la
création de fantasmes, la fabrication et surtout
le formatage des désirs. La publicité a pour vocation, audelà de la seule promotion de l’objet singulier qu’elle vante, de
donner à la croissance économique un socle psychologique profondément enraciné en l’homme, un ressort d’autant plus inépuisable qu’il est intériorisé par le plus grand nombre : elle doit donner le sentiment que le bonheur, le bien-être, l’accomplissement personnel et social résident dans la possession d’objets formatés. La pub est une machine à désirer, qui veut nous faire croire au paradis consumériste.
Cette croyance en l’accomplissement consumériste, se fonde sur
un matraquage intensif, qui nous fait passer pour naturelle cette omniprésence des messages publicitaires dans notre vie quotidienne, jusque dans nos espaces d’intimité les plus préservés. C’est encore une fois la politique du fait accompli qui est le ressort de cette acceptation passive. Mais bien plus que cela : il y a une intériorisation de cet imaginaire publicitaire et du désir d’objets, perçus comme réponses
aux besoins humains et au sentiment de manque.
Ces messages font appel non à la raison mais aux structures les plus profondes et les moins conscientes de notre nature désirante, de nos archétypes, de notre émotivité. Leur répétition depuis le plus jeune âge créé un monde, dans lequel les objets ou services promus par ces marques apparaissent comme un élément central, essentiel ; un monde dans lequel même nos besoins sont réévalués et reformulés en fonction de ces réponses qui sont apportées par le marché. Et ce monde est d’autant plus « notre » monde, ancré dans les structures profondes de notre « moi », qu’il nous est matraqué incessamment depuis notre plus petite enfance, et que ses structures s’intègrent donc dans la construction de notre personnalité, de nos désirs, de la perception de nos besoins, etc…
Face à cela, il est, encore une fois,
possible de partir d’une critique global de la logique de croissance et du primat de l’économique ; il est également possible d’attaquer les illusions sur lesquelles repose l’enchantement publicitaire.
Une troisième piste consiste, là aussi, à opérer une rupture dans la conduite d’acceptation généralisé, en posant
des gestes de refus délibéré. Par exemple en allant barbouiller les affiches de slogans qui amènent à réfléchir, ou qui détournent le message initial. Ces actes illégaux peuvent venir secouer le consensus mou, et interroger une réalité qui n’était plus guère questionnée, car banalisée. L’omniprésence de ces panneaux dans ma vie quotidienne est-elle si utile ?
si légitime ? si agréable ? Les slogans que je lis sur les affiches détournées ( « obéis : consomme ! » ) m’interrogent : la pub n’et-elle pas une aliénation ? ai-je le choix de ne pas la lire ? est-ce que ce matraquage me respecte ? Est-ce que je suis pris pour un adulte ou pour un enfant ? Chercherait-on à me manipuler ?
Ces actes de désobéissance civile accomplis par des « déboulonneurs » volontaires, ont
une action profondément libératrice sur tous ceux qui ressentent un malaise face à cette propagande continuelle ; ils peuvent les amener à sortir de leur sentiment impuissance et de la soumission qui les retenaient jusqu’ici de protester et d’agir. Ils permettent en outre de relancer le débat sur la place de la pub dans l’espace publique, sur sa fonction de manipulation des désirs et de l’imaginaire. Ils interrogent chacun sur sa réduction au rôle de consommateur, en mettant en lumière la logique absurde et aliénante de la croissance, qui nous transforme en travailleurs-consommateurs serviles.
Il serait inutile d’espérer porter de tels débats sur le devant de la scène médiatique sans de tels actes de rupture qui viennent capter l’attention de tous, justice y compris.
De tels actes de désobéissance seront d’autant plus interpellants et convaincants qu’ils auront été accomplis à visage découvert par des citoyens qui assument les conséquences de leurs
actes, et mettent ainsi leur liberté et leur confort en jeu pour une cause qu’ils estiment être d’intérêt collectif.
La carte d’identité biométrique
Dans le cadre d’un projet appelé
INES (Identité Nationale Electronique Sécurisée) le comité interministériel du 11 Avril 2005 a confirmé la mise en place dès 2007 en France de cartes d’identité biométriques, cartes qui seront rendues obligatoires au bout de quelques années. Ces cartes électroniques d’identité à éléments biométriques comporteront, sous forme numérisée (grâce à une puce), des éléments d’identification biométriques personnels (empreintes digitales et photographie numérisée, dans un premier temps ).
Outre sa fonction d’identification sécuritaire, cette carte aura aussi fonction de signature électronique lui permettant de remplir, pêle-mêle, des fonctions de carte bancaire, d’accès à des prestations administratives par internet, de transactions commerciales. De nombreuses autres donnée personnelles pourront y être inclues, permettant de regrouper diverses fonctionnalités destinées officiellement à nous simplifier la vie. Le projet INES est une initiative du gouvernement français, qui dispose d’une entière liberté vis à vis de l’Union Européenne concernant les cartes d’identité.
L’historien Gérard Noiriel nous rappelle que les procédés d’identification anthropométriques ont vu le jour à la fin du XIX° siècle sous l’impulsion d'
Alphonse Bertillon, pour maximiser l’efficacité des processus d’identification des criminels, dans le cadre de la police judiciaire. En 1935, dans un contexte de « développement de la xénophobie », le Ministère de l’Intérieur informe le Quai d’Orsai, alors réticent, de « l’extension des techniques d’identification anthropométriques à l’ensemble de la population étrangère ». A partir de ce moment là, « le procédé dactyloscopique [ empreintes digitales ], jusque là réservé aux criminels ou aux « suspects du point de vue national » est progressivement étendu à l’ensemble des réfugiés. »
Il aurait été dommage d’en rester là : ces procédés doivent donc être étendus à chaque citoyen français, qui devient un suspect en puissance, et dont les éléments d’identification doivent être conservés dans un fichier central. Innovation notable : la consultation des données d’identité contenues dans la puce par les agents de contrôle, se fera sans contact : la porte est ainsi grande ouverte au contrôle effectué à l’insu du porteur de la carte. Dans tous les cas, la généralisation de cette carte participe avant tout d’une criminalisation de la population, du renforcement et de la multiplication des
contrôles d’identité.
Mais quel rapport entre ce projet ultra-sécuritaire et la logique de croissance économique ? Tout simplement du fait que ce projet du gouvernement s’inspire très directement d’un texte de recommandations rédigé en juillet 2004 par les industries électroniques et numériques françaises, sous le titre de « livre bleu », détaillant les « grands programmes structurants » pour la relance de la croissance de ces dites industries. Ce document se veut donc la contribution de l’ensemble de la filière ( grands groupes, fournisseurs de composants, sous-traitants, distributeurs, …) à la réflexion sur les moyens de la sortir de la menace qui pèse actuellement sur son développement, et de contribuer ainsi par le lancement de « grands programmes » dans des « domaines d’excellence », à «faire de l’Europe l’économie la plus compétitive (…) au monde » dans ce domaine.
Dans son projet INES, le gouvernement reprend parfois mot pour mot la rhétorique utilisée par ces industries. Ce livre bleu comprend un chapitre intitulé «
acceptation par la population », qui détaille les méthodes qui devront être utilisées par le gouvernement pour faire accepter la biométrie, qui est « très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme
une atteinte à la liberté individuelle ». Il faut donc « faire accepter par la population les technologies utilisées », entre autres par « un effort de convivialité » et par « l’apport de fonctionnalités attrayantes » : « éducation dès l’école maternelle,
les enfants utilisent ces technologies pour entrer dans l ‘école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants » ; « introduction dans les biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture » ; « développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès internet,… ».
On voit bien comment l’imposition d’un comportement sécuritaire a dans ce cas pour origine la volonté de croissance des industries de l’électronique et du numérique. Celle-ci rejoint sans doute opportunément l
es désirs de l’État et des gouvernements actuels, qui cherchent ouvertement des moyens de contrôle voire de « nettoyage » de la population. Ce contrôle nécessite un processus d’acceptation par la population, et donc de persuasion musclée, qui passe pour l’instant par l’apport de « fonctionnalités attrayantes », mais qui pourrait demain utiliser des voies plus directes si une partie de la population venait à ne pas accepter cette carte biométrique.
Et précisément, face à un tel projet sécuritaire qui nous projette tout droit au coeur d’un roman de
George Orwell[quel est le titre de ce roman SVP ?], il sera sans aucun doute nécessaire, pour toute personne encore un tant soit peu attachée aux valeurs de démocratie et de liberté, de refuser cette carte. Un premier pas, important, est fait, avec le lancement par quelques organisations4 d’une pétition « exigeant le retrait total et immédiat du projet INES ».
Il nous faut tout faire pour soutenir cette initiative et empêcher que ce projet alarmant soit mis en route. Faute de quoi, il sera nécessaire de refuser massivement cette carte et donc de faire acte de désobéissance civile. Il faut s’y préparer dès aujourd’hui, au cas où ce projet ne serait pas retiré. Nul besoin d’être révolutionnaire pour constater que ce projet est totalement inacceptable dans un régime démocratique. Dans l’hypothèse d’une désobéissance ouverte à cette carte, l’intérêt serait dans le même temps de contraindre le gouvernement à retirer ce projet, par la force de la non-coopération collective, et d’ouvrir le débat public, d’interroger ce désir de sécurité, et de mettre à nu la logique de croissance qui est à l’origine de ce projet.
Le travail
Pour
Majid Rahnema, le ressort et la justification du travail dans nos sociétés est « le principe de l’expansion de la production, seul garant de la croissance durable de l’économie. » [ = la croissance ]. Pour cela, la société a tout intérêt à « éduquer [ l’homme ] pour en faire un sujet de désir et de besoins, et pour qu’il intériorise les nouvelles valeurs » [ = la croyance ]. Cela, afin que finalement « il consente, de son plein gré, à mettre son travail au service de cette société de consommation » [ = l’obéissance ]. La trilogie croissance, croyance, obéissance, trouve ici son apothéose. Rahnema le résume clairement lorsqu’il explique que le but de l’économie est de faire des pauvres non encore intégrés dans sa logique
d’accroissement « des éléments dociles, productifs et avides ».
C’est bien l’avidité qui sous-tend le travail quotidien dans nos sociétés : le désir d’objets nouveaux, plus sûrs, plus confortables. La reconnaissance sociale passe dans notre société de consommation, par la possession de ces dits objets qui nous ont été désignés comme désirables par la publicité. Cette avidité nous est présentée comme socialement utile, puisqu’elle vient nourrir la consommation et donc la production, dont l’accroissement perpétuel est censé donner à chacun un emploi et amener le bien-être et la richesse pour tous.
C’est bien sûr un mensonge.
L’équilibre d’une société réside dans la qualité de son lien social, dans la coopération qui existe entre ses membres, dans la limitation des inégalités en son sein, et donc dans sa sobriété et dans l’auto-limitation des richesse en son sein. Une société équilibrée et saine ne peut pas reposer sur la frénésie du « toujours plus », qui induit inégalités et déséquilibres croissants. Ni sur la logique du mimétisme d’appropriation, qui engendre violence et
compétition.
« Si l’on parle de justice aujourd’hui, estime
Wolfgang Sachs,
il ne faut pas se tourner vers les pauvres, il faut braquer la lumière sur les riches ». Et interroger le sur-développement économique et technologique destructeur et insensé qui caractérise nos sociétés.
De même pour l’emploi :
lorsqu’on parle de précarité, d’exclusion et d’injustices dans nos sociétés, il nous faut apprendre à ne pas nous tourner vers les chômeurs, mais à braquer au contraire la lumière sur les travailleurs. Sur le travailleur présent en chacun de nous, qui est prêt à se sacrifier toujours plus pour augmenter son niveau de revenu, pour accéder à un confort matériel supérieur, pour assouvir ses désirs d’objets, qui lui sont imposés par la publicité en lui procurant le
sentiment de le faire librement.
Ce n’est pas le chômage qui est à la racine du problème : c’est le travail. Plus précisément, c’est l’inassouvissement qui motive le travail. Dès lors que l’on est libéré de la soif d’objets perpétuelle que nous injecte la pub, dès lors que l’on s’est rendu compte que la plupart de nos besoins sont sociaux, et non économiques, nous ne sommes plus esclaves de la nécessité de travailler à plein temps.
Je crois qu’il y a là véritablement une clé pour répondre au « problème du chômage », qu’il faut reformuler en « problème du travail » : dès lors que l’on en vient à limiter ses besoins proprement monétaires (on peut aussi pratiquer des formes d’économie non-monétaires, comme
les SEL, Systèmes d’Echange Locaux), on n’a plus besoin de travailler autant, et le
travail peut dès lors être partagé : il y a là un véritable gisement d’emploi, doublé d’un facteur de justice et d’équilibre sociaux, qui a pour nom : partage et sobriété ; et qui est moins insensé que la fuite en avant dans la relance de l’industrie nucléaire, militaire, automobile ou aéronautique…
Quelles pistes de résistances et d’alternatives à cette frénésie du travail à plein temps, qui non seulement ronge nos vies, mais génère aussi des inégalités inacceptables qui meurtrissent la société ?
Désobéir, c’est d’abord désapprendre à obéir.
Il est urgent de cesser d’obéir à l’injonction publicitaire, de limiter nos besoins économiques et ainsi de nous libérer de la nécessité de travailler à plein temps, tout en partageant les sources de revenus. Les travailleurs comme les chômeurs doivent
cesser de croire à l’imaginaire consumériste. Mais ce sont les travailleurs qui sont les premiers acteurs potentiels de la non-coopération avec la logique du travail.
Ensuite, il ne devrait en aucun cas être obligatoire d’accepter un emploi pour pouvoir continuer à toucher une allocation : une sorte d’objection de conscience devrait être possible à un allocataire auquel on impose, pour continuer à être « ayant droit », d’accepter un emploi qu’il juge contraire à ses principes fondamentaux, et socialement ou écologiquement destructeur : emplois dans le domaine de l’automobile, du pétrole, de l’armement, de l’aéronautique, des OGM, des engrais chimiques par exemple. En vertu de quoi aurait-on le droit de refuser d’exercer une activité militaire, censée pourtant officiellement profiter au bien commun, parce qu’on la juge destructrice, et n’aurait-on pas le droit de le faire pour une activité économique pour les mêmes raisons ?
L’idéal au final serait d’arriver à vivre d’une activité qui nous semble saine pour la société, pour la Terre et pour nous.
Pour cela il serait urgent de créer une Agence Alternative pour l’Emploi, sorte de centre de ressources qui permettrait de fédérer les projets de vie et les propositions d’activités orientés vers le bien commun et vers des alternatives, et de les mettre en lien avec les personnes qui cherchent justement à exercer des activités dans un même esprit. A quand une telle initiative ?
De l’apprentissage de l’obéissance à l’apprentissage de la responsabilité
Il faut être honnêtes : derrière les OGM, la pub, le travail-roi, et même en partie la carte biométrique, il n‘y a pas de projet politique totalitaire. Dans une large mesure, ce sont les mécanismes du productivisme qui induisent mécaniquement ces processus qu’on peut qualifier de totalitaires. Ce totalitarisme n’est pas sous-tendu par un projet politique global, il est simplement la somme des divers intérêts privés. Les choix de production à l’origine des réalisations destructrices que nous avons énumérées, estime Rahnema, « sont inspirés par la seule rationalité d’une production maximale selon les critères d’un marché libre ». L’injustice générée «est dans la nature même d’un système de production et d’investissement que personne, y compris les grands patrons de l’économie, ne saurait maîtriser. ».
Face à un adversaire aussi diffus, cette désobéissance civile s’exercera moins contre un groupe déterminé de personnes, que contre un système, qui est celui du productivisme techniciste, auquel nous devons, les premiers, cesser d’obéir par nos choix de vie. Elle constitue en même temps un moyen de contrainte, et un écart de conduite faisant jaillir le débat sur le devant de la scène publique.
Cette désobéissance civile se doit d’être clairement non-violente, réalisée au grand jour et assumée par ses acteurs, afin de ne pas faire dévier le débat sur les moyens utilisés, mais de bien le recadrer sur l’objet du conflit.
La désobéissance civile en elle-même, fait partie du projet de société alternatif pour lequel on lutte en s’opposant à ces réalisations : un projet qui se conjugue avec autonomie, esprit critique, attachement à une loi juste pour tous, et surtout
responsabilité. La désobéissance civile n’est donc pas un simple outil neutre. Elle porte en elle des valeurs qui s’accordent mal avec celles de l’obéissance et de la soumission.
Entre l’acceptation passive et résignée des OGM, de l’omniprésence de la pub, de la carte biométrique, du travail acharné comme seul horizon de survie aux dépends d’autrui, et la volonté de refuser ces soumissions pour construire une société porteuse de plus d’humanité, de respect, de sens, il y a autant de distance qu’il y en a entre un projet social d’obéissance et un projet social de responsabilité.
C’est à nous de choisir.
Par Guillaume Gamblin (journaliste indépendant)
10/06/08 - 14:50
Si tu n'aimes plus ton boulot!
CONSEIL: Lorsque ton travail t'ennuie, que tu es au bord de la dépression,
que vraiment plus rien ne va comme tu le voudrais au travail.
Alors fais ceci :
En sortant du travail arrête-toi à la pharmacie,
achète un thermomètre rectal Johnson & Johnson [seulement cette marque là].
Ouvre la boîte du thermomètre rectal et lis les instructions.
Tu trouveras cette phrase quelque part : Chaque thermomètre rectal
Johnson & Johnson a été testé personnellement à notre usine.
Alors maintenant ferme les yeux et répète 5 fois à voix haute :
Je suis heureux[se] de ne pas travailler au contrôle de la qualité chez
Johnson & Johnson
mattderu